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Europe centrale : le foyer du changement et des désillusions

15 années après la chute du Mur de Berlin, petit rappel historique des évolutions des pays d'Europe centrale.

Après la "normalisation" du Printemps de Prague par les chars soviétiques, un mouvement de défense des droits civiques se développa dans les années 1970 : la Charte 77. Cette nouvelle génération noua des contacts avec les intellectuels polonais qui allaient développer le syndicat Solidarnosc à partir de 1980. On peut estimer que la chute du Mur de Berlin en 1989 est née de ces mouvements de contestation. Lorsque l’Armée Rouge quitte définitivement ces pays dans les années 90, la voie est ouverte pour une intégration de la Pologne, de la République Tchèque, de la Slovaquie dans l’Union Européenne et dans l’Otan.
En Pologne, deux forces ont abouti à la fin du régime socialiste : la résistance catholique (cardinal Wyszynski, assassinat du Père Popielusko) et la résistance ouvrière (Gdansk 1970, puis Solidarité). ).
La légalisation de Solidarnosc en 1989, suivie de la nomination d'un Premier ministre non communiste (Mazowiecki) sonnent le glas de la présence soviétique en Pologne.
En 1990 la victoire présidentielle de Lech Walesa marque la rupture définitive avec le « grand frère » russe. Côté tchèque, grâce à la personnalité de Vaclav Havel et à la réussite de la révolution de Velours en 1989, le pays bascule pacifiquement.

La réussite tranquille de la Hongrie

L’ouverture de la frontière entre la Hongrie et l’Autriche en septembre 1989 a pour conséquence un exode massif des Allemands de l’Est vers la RFA. Cet exode est à l’origine de la chute du mur de Berlin. Le pays, qui bénéficiait dans les années 80 d’un degré de liberté unique dans le monde communiste, a ensuite connu une transition politique sans trop d’à-coups (malgré un retour des socialistes au pouvoir en 1994). La Hongrie a aussi été la première à voir le départ des troupes soviétiques, en juin 1991.
Depuis 1997, l'économie hongroise a progressé à un rythme toujours supérieur à 4 %. Le programme PHARE (voir page 15) a alloué des sommes considérables au pays (plus d’un milliard d’euros depuis 1992), contribuant largement à la mise à niveau des infrastructures du pays. La Hongrie a reçu depuis 10 ans 42 % des investissements directs étrangers dans les PECO. Le chômage en Hongrie est le plus faible de tous les pays d’Europe centrale malgré de fortes disparités géographiques entre Budapest et certaines villes de l'Est du pays. Mais la question des minorités hongroises à l’ étranger (principalement Serbie et Roumanie) continue d’agiter la classe politique.

La division entre république Tchèque et Slovaquie

Les gouvernements de Prague et de Bratislava, soutenus par leurs parlements, décidèrent en juillet 1992 la création de deux Etats souverains. Les négociations pour créer une Confédération ayant échoué, la constitution slovaque fut adoptée le 1er septembre 1992 et la séparation devint effective le 31 décembre 1992 sans susciter ni passion, ni crise, ni conflit. Les deux Républiques ont été admises à siéger à l'ONU en1993.

Le « miracle » Slovaque

L’état économique de la Slovaquie est positif et a surpris de nombreux observateurs. En 2000, ce pays aurait pu faire partie de la première vague de négociation avec l’UE si les seuls critères économiques fixés à Copenhague avaient compté. Au cours des dernières années, la croissance de ce pays n’a cessé de s ’accélérer. Elle est due principalement aux différents secteurs de l’industrie. De 2,2% en 2000, elle a atteint les 2,9% en 2001 puis 3,7%. Bratislava rejoint donc le niveau de croissance de ses voisins.

Le triangle de Visegrad

En 1991, la Hongrie, la Pologne et la Tchécoslovaquie cherchent à constituer un ensemble régional. Ils se réunissent à Visegrad et élaborent la première étape de la constitution de la zone de libre échange en Europe centrale. Leur but est la coordination des activités relatives à l’intégration destinée à organiser leur retour vers l’Europe. Ce triangle de Visegrad est aujourd’hui un quadrilatère depuis la partition de la Tchécoslovaquie.


Une transition socialement douloureuse

Les réformes économiques ont été mises en oeuvre à des rythmes différents. Trois pays ont pris une nette avance : la Pologne, la République tchèque et la Hongrie. La Pologne a engagé en 1990 une véritable "thérapie de choc" basée sur des mesures déflationnistes (réduction du déficit budgétaire, politique monétaire restrictive, lutte contre l'inflation). Le secteur privé y occupe 80 % de la population active. Depuis 1993, la croissance annuelle de la Pologne est d’environ 5 %.
Les années suivantes seront marquées par la fermeture de nombreuses usines et mines, et par la mise en place de programmes économiques ultra-libéraux dans toute l’Europe centrale. De grands efforts sont réalisés pour permettre une entrée rapide dans l’UE. Mais on assiste également à une véritable fracture entre villes et campagnes, et entre populations actives et populations défavorisées. Les ruraux polonais s’inquiètent à juste titre de l’entrée dans l’UE et de la disparition probable d’une grande partie des exploitations paysannes. Les classes populaires, frappées par un lourd chômage dans les provinces, se tournent vers des partis nationalistes.

Les désillusions de l’ex-RDA

La réunification s'était ouverte dans l'euphorie et a conduit la République fédérale à injecter des fonds – plus de 1500 milliards d'euros - dans les cinq Länder de l'Est pour leur remise à niveau. Cette manne a permis de rénover les infrastructures routières, ferroviaires et les télécommunications. Mais cela s'est révélé insuffisant: 18,2 % des habitants de l'ex-RDA étaient au chômage en 2003, soit plus du double que dans la partie Ouest.
La privatisation de l’économie a été confié à la Treuhand en mars 1990. Son but était de restructurer et de privatiser le patrimoine de la RDA afin de pouvoir l’adapter à l’économie de marché. Mais très rapidement, cet organisme est devenue la bête noire des habitants des nouveaux Länder qui l’ont accusé de sacrifier l’économie est-allemande et l’ont rendu responsable de la montée vertigineuse du chômage à l’Est.
Les habitants des nouveaux Länder ont ainsi eu le sentiment d’être traités comme des citoyens de seconde zone. Ce sentiment s’ancre dans l’inégalité salariale dont ils sont victimes, mais aussi dans la manière dont leur héritage a été systématiquement nié ou déprécié par les élites. Si politiquement, l’ex-RDA est totalement intégrée à l’Allemagne, dans les mentalités un long chemin reste à faire.

Une nouvelle Union Européenne

Pologne, République Tchèque et Hongrie rejoignent l’Otan dès 1999 ; et en 2004, l’ensemble des pays d’Europe Centrale intègrent l’Union Européenne. Leur intégration modifie considérablement les rapports de force politiques au sein de l’Union, et l’on assiste actuellement à la recherche de nouvelles alliances qui pèseront sur les relations extérieures de l’UE, ainsi que sur le rôle des institutions communautaires. Les directives de Bruxelles sont souvent décriées par des partis d’Europe Centrale, qui n’entendent pas se soumettre à une nouvelle autorité, aussi démocratique soit-elle.

 


 ©  Fabrice Pozzoli-Montenay
article publié en décembre 2004
dans le n°50 "spécial chute du Mur"
de la Lettre du Colisée

   

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