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The war in Croatia and Bosnia-Herzegovina
1991-1995
(ouvrage en anglais, préface
de Noël Malcolm, Editions
Frank Cass , 383 pages)
Pourquoi l’armée de la fédération
yougoslave n’a-t-elle pas vaincu les forces croates dès
le début de la guerre ? Quelle doctrine de défense
ont établi les militaires de Zagreb ? Comment la Bosnie-Herzégovine
s’est-elle laissée surprendre par le conflit ?
Voici le livre qui traite le mieux du conflit de
l’ex-Yougoslavie sur la question du rapport entre la force
militaire et les objectifs politiques de chacun des dirigeants.
Les contributeurs sont exceptionnels par leur qualité : responsables
militaires croates et bosniaques, ancien dirigeant yougoslave, ministres,
ce sont les acteurs eux-mêmes qui décrivent leurs réflexions,
leurs hésitations, les divergences entre stratégie
militaires et objectifs politiques.
Cet ouvrage recueille les propos tenus en septembre 1998 à
Budapest, lors d’une conférence de trois jours organisée
par l’Institut bosniaque à Londres et l’Institut
hongrois de l’Europe du sud-est. Il se compose de trois parties
: la guerre en Croatie, le conflit en Bosnie et l’attitude
de la communauté internationale.
Des intervenants de haute qualité
Parmi la vingtaine d’intervenants, on distingue
particulièrement Jovan Divjak (Chef d’Etat-Major de
l’armée de Bosnie Herzégovine en 1992), Stjepan
Mesic (président croate de la fédération yougoslave
en 1991, mis à l’écart), Martin Spegelj (ancien
ministre de la Défense de Croatie et responsable des forces
de défenses territoriales en 1991), Anton Tus (chef d’Etat-Major
de l’armée croate de 1991 à 1992), Rusmir Mahmutcehajic
(ministre de l’Industrie et de l’énergie de Bosnie-Herzégovine
de 1991 à 1993). Tous ces dirigeants ont en commun d’avoir
exercé de hautes fonctions au début de la guerre,
et d’avoir été écarté du pouvoir
par leurs présidents pour avoir refusé l’approche
ethnique du conflit. Tous ont rejetté la politique d’épuration
ethnique et les discours ultra-nationalistes. Les responsables militaires
croates reviennent à plusieurs reprises sur la volonté
du président Franjo Tudjman de partager la Bosnie-Herzégovine
avec la Serbie, attitude qui aboutira à un gel des combats
entre Serbes et Croates et l’éclatement d’un
conflit sanglant avec les autorités de Sarajevo en 1993.
Jovan Divjak explique comment la défense de la capitale bosniaque
fut organisée, malgré les divisions politiques, et
attaque durement le président Izetbegovic et le parti nationaliste
musulman SDA sur leur volonté d’islamiser les combattants
bosniaques.
La question de la mobilisation serbe
Les participants expliquent que le manque
d’efficacité de l’armée fédérale
yougoslave (JNA) serait dû en grande partie, selon eux, à
ses problèmes d’effectifs : les officiers et sous-officiers
non-serbes ont commencé à déserter en masse
lors des déclarations d’indépendances de la
Slovénie, puis de la Croatie et de la Bosnie. De plus, les
conscrits furent très nombreux à déserter ou
à ne pas rejoindre leur unité. Les officiers de l’Etat-Major
serbe ne s’attendaient pas à une telle résistance
passive de la population, pourtant largement soumise à la
propagande nationaliste.
De nombreuses autres questions sont abordées,
comme la perception de l’aide humanitaire internationale,
la défense des poches de Srebenica et Bihac, l’évolution
de l’attitude de la communauté internationale, l’effondrement
des forces serbes en 1995, éclairant brutalement des faits
que les Occidentaux ont souvent oubliés.
Ce livre ne traite pas l’intervention militaire
internationale au Kosovo, qui aura lieu quelques mois plus tard,
mais cette région revient souvent dans les propos des participants.
Un travail de très haute tenue, mais qui demande au lecteur
de bien connaître la géographie yougoslave et ses acteurs
politiques pour se retrouver dans la multitude de lieux et de personnes
évoquées au cours de ce débat passionnant.
© Fabrice
Pozzoli-Montenay
Publié par Mondes
Rebelles, janvier 2003
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