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Israël-Palestine : Kenizé Mourad
contre le « terrorisme intellectuel »
( "Le parfum de notre terre. Voix
de Palestine et d'Israël" - Ed. Robert
Laffont 2003, 360 pages)
Le
livre « Le Parfum de notre terre » tente de transmettre
la voix de ceux qu'on n'entend guère dans les négociations
internationales. Pendant qu'Israéliens et Palestiniens essaient
de renouer le dialogue après des mois de violence, qu'en
France le débat fait rage sur la critique de la politique
du premier ministre Ariel Sharon, Kenizé Mourad essaie de
montrer simplement «la réalité» des deux
peuples.
Mondialement connue pour son livre « De la
part de la princesse morte », elle a parcouru le Proche Orient
pendant des années comme reporter. Elle en a ramené
les dizaines de témoignages qui composent ce livre. Elle
a donné la parole à ceux que l'on écoute trop
rarement : femmes palestiniennes, enfants jeteurs de pierres, militants
israéliens pour la paix, colons juifs dans les territoires,
parents de victimes, simples ouvriers ou citoyens épuisés
de peur. Elle a pris le temps de les faire parler, de les entendre,
sans être soumise aux exigences de brièveté
et de simplification abusive des médias.
Si au fil des pages, sa sympathie pour la population
palestinienne devient évidente, elle assure que le «
livre est relativement équilibré ». Les yeux
de Kenizé Mourad flamboient lorsqu'elle évoque la
vie quotidienne des Palestiniens, les heures passées aux
barrages de l'armée, les restrictions en eau, en électricité,
la terreur des familles pendant les couvre-feux. Mais elle partage
aussi l'horreur de ces jeunes juifs qui ont vu mourir leurs amis,
leurs parents dans les attentats-suicides. « La politique
de Sharon est suicidaire pour l'Etat d'Israël » affirme-t-elle.
Elle pointe tout au long de son livre l'absence de dialogue entre
les communautés. « Et pas seulement des dirigeants
politiques. Les gens ne se parlent plus, ne se comprennent plus.
Des enfants, des adolescents ne connaissent plus que la haine et
le rejet de l'autre » regrette-t-elle.
En Israël, au milieu d'extrémistes de plus en plus puissants,
des objecteurs de conscience, les « Rabbins pour les droits
de l'homme », les « Femmes en noir » tentent de
dénoncer la violence. « Ils disent qu'ils soutiennent
les Palestiniens pour des raisons de morale, de droit, pour la survie
d'Israël. Pour ne pas ressembler à ceux qui aux cours
des siècles furent leurs bourreaux » souligne Kenizé
Mourad.
Contre le « terrorisme intellectuel »
Elle s'insurge contre le « terrorisme intellectuel
» qui brouille toute tentative de débat et de critique
: « En France, on a peur de critiquer Israël parce qu'on
a peur d'être appelé antisémite » martèle-t-elle.
« Des journalistes m'ont signalé leur crainte de mentionner
mon livre par peur des réactions de leurs lecteurs.»
A chaque fois que le sujet est mentionné, des abonnements
sont annulés, des lettres ou des mails d'injures parviennent
à la rédaction, des publicités sont remises
en cause. « Sujet trop sensible, on ne veut pas y toucher
» lui a-t-on discrètement dit.
Pourtant elle assure que ce « livre est une
critique de la politique de Sharon, mais ce n'est une position ni
antisémite ni antisioniste, dans la mesure où le sionisme,
c'est l'existence de l'Etat d'Israël. Israël est là,
bien évidemment, pour y rester. Mais il y a de part et d'autre
le refus d'écouter la réalité, parce que la
réalité gêne ».
© Fabrice
Pozzoli-Montenay
Publié par Digipresse
sur Yahoo!
Actualités, mai 2003
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